Démocratie de construction avec Jo Spiegel

Le collectif CODEPAL (Collectif pour une Démocratie Participative et Locale) dont fait partie Hérouville ça m'intéresse a organisé une soirée-débat le 13 septembre avec Jo Spiegel, maire de la ville de Kingersheim à la salle des Fêtes de Louvigny. Jo Spiegel est un progressiste, un homme de gauche qui est élu depuis 1989 dans une ville qui vote à droite.

Environ 80 personnes étaient présentes pour écouter et débattre avec Jo Spiegel, dont beaucoup d'hérouvillais. 

 

Pour Jo Spiegel, il faut partager le pouvoir, il faut avoir un rapport humble au pouvoir. L'élu doit mettre de côté son égo, il est avant tout au service des citoyens. Pour lui, le citoyen, l'électeur, ne doit pas être un consommateur mais un acteur.

 

Pour le maire de Kingersheim, l'impôt est justifié, il fait partie de la redistribution et doit donner la capacité d'agir.

 

A l'issue de son premier mandat, il a souhaité mettre en place une démarche pour que les citoyens soient de véritables acteurs de la vie locale. Pour lui, aujourd'hui, le bulletin de vote est squatté par des gens qui utilisent les mêmes ingrédients que les commerçants.

 

Il parle de démocratie de construction qui est plus que la démocratie participative. Pour lui, les réunions de quartier classique (NDLR : telles qu'elles existent notamment à Hérouville) ne sont qu'une rencontre entre le fournisseur et ses clients.

 

Comment passer de l'intérêt privé à l'intérêt général ? Le rôle de l'élu doit changer. Il doit faire avec et non pour. L'élu doit être exemplaire de la représentation démocratique : on est intègre quand on est élu, on doit "parler vrai", les paroles doivent obligatoirement entraîner des actes.

 

Jo Spiegel a ensuite décrit les différentes actions que lui et son équipe ont mises en place au cours des différents mandats. Il parle d'écosystème démocratique (décision politique et décision citoyenne). Il faut entraîner la colère vers la construction. Ils ont mis en place une maison de la citoyenneté qui est lieu des habitants autant que celui des élus et des experts. Il y a débat, puis élaboration participative et décision lors du conseil municipal. Il parle de fertilisation de ses trois cultures (culture de l'indignation et de la résistance, culture de l'utopie et culture de l'engagement). Il faut donner l'envie de participer c'est pourquoi ils ont organisé des  olympiades de la démocratie. Il a mis en place des formations pour pouvoir animer des débats publics. Il faut travailler avec la classe ouvrière sinon on laisse le champ libre au populisme. Avec l'assistanat civique, ce sont ceux d'en haut qui sont les gagnants et cela développe l'abstention et le populisme. Il a mis en place des formations pour pouvoir animer des débats publics. Il a fallu aussi des outils démocratiques : les habitants étaient invités par tirage au sort à participer aux débats participatifs. Il cite Chevènement en disant : "On ne naît pas citoyen, on le devient."

 

Il a terminé son exposé par une phrase d'Hannah Arendt : "Le pouvoir nait quand les hommes travaillent ensemble. Il disparait lorsqu'ils se dispersent."

 

Il faut prendre le pouvoir pour le rendre aux citoyens.

Les échanges qui ont suivi ont été très fructueux. Une question lui a été posée sur le déficit démocratique de l'intercommunalité. Il dit être partisan de la communauté mais comment gérer des grandes communautés ? Quelles sont les gouvernances démocratiques à mettre en place ? Il a évoqué ce qu'il a mis en place dans la commission qu'il présidé. A une autre question, il a répondu qu'un conseil participatif, cela durait 12 à 18 mois. C'est le principe de la démocratie vivante. Une autre question lui a été posée sur ce qu'il pensait des consultations référendaires, s'appuyant notamment sur ceux dont les élus n'avaient pas pris en compte la décision des citoyens. Pour lui il ne peut y avoir référendum que s'il y a débat citoyen avant, qu'il y ait une séquence démocratique au préalable. A la question sur la participation des citoyens tirés au sort : un sur six accepte. A une autre question sur la façon dont les personnels municipaux acceptent le type de fonctionnement mis en place dans sa commune, il précise que de directeur des services a changé quand il est arrivé à la mairie, qu'il a mis en place un manager du bonheur et des séances de méditation de pleine conscience pour les personnels. A la question sur son opposition municipale, il a précisé que l'opposition est toujours invitée pour les débats participatifs et que son ancien opposant a rejoint son équipe. Enfin à la question, comment faire, pour lui la démarche c'est d'aller à la rencontre des gens pour construire ensemble une vision d'avenir, qu'il faut être modeste sur les initiatives et qu'il faut des hommes et des femmes portés par l'intérêt général. Il faut une transformation sociale, écologique et humaine.

 

La prochaine rencontre aura lieu le 16 octobre à Louvigny (et non à Ifs comme annoncé précédemment) avec un élu de Saillans.

 

Pour plus d'informations : lien vers le site de la municipalité de Kingersheim et son livre : « Et si on prenait – enfin ! – les électeurs au sérieux ».